Billets d'humeurs Chine

Fly me to the moon

1 octobre 2015
road mountain bus

5h30 a.m, Daocheng, Sichuan, Chine.

J’ai encore une barre dans le crâne avec l’altitude mais l’effet placebo des plantes chinoises commence à prendre la sauce. Lee Shen ne nous a pas menti, on a bien nos tickets pour l’enfer, départ dans 40 minutes pour Shangri-La. Il fait un froid glacial, on titube tant bien que mal dans la nuit noire jusqu’à la “bus station”. Quand on arrive sur place, les phares de quelques bus nous laminent les yeux.

On demande où est le bus N° 666 ? De toute façon personne pige rien ici, enfin surtout nous. 3 gros chinois nous indiquent à peu près le bon bus. 2-3 minutes d’hésitation avant d’enfourner nos sacs dans la soute. On fait moins les malins quand on se rend compte qu’il y a 35 places dans l’engin et que sur nos tickets c’est écrit : Places 36 et 37. On respire calmement, pas le choix avec l’altitude et subitement on capte ce qui nous attend.

Place 36 – 37, direction les premières loges, les deux strapontins à l’avant du bus, vue directe sur les ravins.

Tout le monde dort déjà lors du départ à 6h10. Tout le monde sauf le chauffeur et moi. On sait tous ce qu’il va arriver. Satanée route, 12 heures à travers les montagnes sur ce que l’on appelle les prémices d’une route, un boulevard de la mort sillonnant les abîmes pendant 311 kilomètres. Y’en a plus d’un qui sont tombés, on nous l’a assez répété.

Après tout, je crois qu’ils font tous semblant de dormir, histoire de fermer les mirettes pour que le temps passe plus vite. Moi, je ne peux pas m’empêcher de guetter le pilote du coin de l’œil. Même avec mon mal de crâne, je cogite à 10,000. “Mec t’es fiable ou t’es pas fiable ? T’as bien dormi cette nuit ?”

La pleine lune est toujours de la partie et quelque part ça me rassure. Je lui lance un “On n’en sait pas beaucoup sur toi ma belle, mais rien qu’à te regarder tu me fais du bien ! C’est donc que tu n’étais pas pleine hier soir !”

Après 2 minutes de route, Franck titille de l’œil. Il s’allume une clope et ouvre sa demi fenêtre latérale, on dirait qu’il veut se réveiller. Putain j’aime pas ça. Franck t’as 12h de route si tout va bien alors fais pas le con. (Francky-sheng ça t’irait mieux d’ailleurs.)

On fait 5 kilomètres sur la route usuelle avant de tourner à gauche direction Xiangcheng. J’le connais par cœur le trajet, je l’ai révisé façon Niki Lauda (Loeb pour les novices) toute la nuit. Au pire, j’ai déjà le brise glace en visu.

On débute la montée infernale telle une montagne russe comme si nous allions descendre vers les enfers d’une seconde à l’autre. Ouais, sauf qu’ici l’asphalte est déjà bien entamé et qu’il disparaît petit à petit pour laisser place à de la terre, des rochers et des cratères : Un paysage lunaire ! C’est donc pour fêter ça que tu es pleine ma belle ?

Alors les gars, plus difficile de faire semblant de dormir avec la tête qui se fait surinée par la vitre non ?

Le soleil fait son apparition petit à petit et s’installe à côté de sa petite sœur, on est dans une autre dimension. Qu’est ce que c’est beau ! C’est tellement somptueux que ça “fout les jetons”. Tout ce qui est beau ça fait mal il paraît mais j’espère que tu t’es trompé pour aujourd’hui !

Faut que je me détende car j’ai le palpitant qui déconne et il ne me reste plus que lui, et toi. Il me faut de la musique alors je mets mes écouteurs et ferme les yeux (à moitié). Après tout Niki ça lui a pas toujours porté chance. J’appuie sur le bouton “shuffle” de l’iPod et sur 3000 musiques j’ai du Sinatra qui se lance. Une histoire de lune, tu sais ?

“COME ON Franck ! Fly me to the moon !”

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8 Commentaires

  • Répondre Olivier Goupillon 1 octobre 2015 à 14 h 22 min

    ” Place 36 – 37, direction les premières loges, les deux strapontins à l’avant du bus, vue directe sur les ravins. ”

    “On fait 5 kilomètres sur la route usuelle avant de tourner à gauche direction Xiangcheng. J’le connais par cœur le trajet, je l’ai révisé façon Niki Lauda (Loeb pour les novices) toute la nuit. Au pire, j’ai déjà le brise glace en visu. ”

    Tu m’as bien fait sourire …
    Beau récit … Comme d’hab !

    PROFITEZ !!!

  • Répondre Laure 1 octobre 2015 à 15 h 52 min

    Très beau texte, je m’y serait cru!

  • Répondre Patou 1 octobre 2015 à 18 h 26 min

    Franchement ? Les textes de Charlotte me font moins peur ! Et d’ailleurs, je n’ose même pas m’imaginer dans quel état elle se trouvait durant ce périple ? Bravo Greg pour cette belle plume…qui m’a donnée la chair de poule dans cette ambiance si irréaliste !

  • Répondre Les Bloup Trotters 2 octobre 2015 à 13 h 09 min

    Merci à tous, l’histoire ne dit pas si nous sommes arrivés sein et sauf ;)

    Greg

  • Répondre Claire G 2 octobre 2015 à 14 h 32 min

    Dites-donc vous nous fichez presque la trouille avec des aventures pareilles ! :)
    Impatiente de lire les prochaines héhé
    Gros bisous et que le Karma reste avec vous ;)

  • Répondre David 5 octobre 2015 à 16 h 04 min

    “Après 2 minutes de route, Franck titille de l’œil. Il s’allume une clope et ouvre sa demi fenêtre latérale, on dirait qu’il veut se réveiller. Putain j’aime pas ça. Franck t’as 12h de route si tout va bien alors fais pas le con.”
    J’ADORE !!! J’ai éclaté de rire en disant ça, j’entends ta voix dans ma tête dire cela ;)
    Des gros bisous à vous ;)

  • Répondre Julie Blogtrotteuse 7 décembre 2015 à 19 h 01 min

    Super ! J’adore comme tu as mené le texte, et le ton que tu emploies… On se croirait assis à côté de toi, sur un troisième strapontin.

    • Répondre Les Bloup Trotters 9 décembre 2015 à 8 h 03 min

      Hello Julie !
      Merci beaucoup pour ton commentaire, ça me touche beaucoup :)

      Greg

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