Billets d'humeurs Thaïlande

La plongée a eu raison de moi…

14 février 2016
big bubble diving koh tao

C’est le moment de se jeter à l’eau. Aujourd’hui c’est décidé, je teste la plongée.

C’est bien beau de vouloir oser mais passer le cap c’est tout autre chose. J’ai plusieurs craintes qui me viennent en tête : la panique, l’eau profonde, les requins et cette unique bouteille pour nous maintenir en vie…

« Big Bubble », c’est le nom de notre première fois. Comme toute première fois, il restera gravé dans ma mémoire.
Le premier type qui se présente à nous, ne nous inspire pas, on dirait qu’il vient de se lever ou de fumer un joint… il est totalement out. Heureusement, le second type, un Thaï aussi, nous met en confiance. Il parvient même à nous faire remplir une petite fiche pour certifier que quoiqu’il arrive, ça ne lui retombera pas dessus. C’est notre problème. Parfait, on signe notre arrêt de mort sans résister et on est paré. J’espère juste que je n’ai pas loupé une petite ligne qui aurait dû me sauter aux yeux…

Il est 10h et on ne partira pas avant 12h30. On a le temps de regarder une vidéo des années 80 pour nous expliquer en anglais tout le binz à connaître. Notre type nous appelle, c’est le moment d’y aller avec le matos que nous avons pris le soin de tester au préalable.

C’est fou comme on peut avoir l’air débile avec un masque et des palmes. Il est l’heure, on ne peut plus reculer, c’est le moment de sauter.

Avec la combi, on n’a pas vraiment la sensation de l’eau sur le corps. Et je ne parle même pas du gilet qui nous fait flotter avec les bouteilles à l’arrière. J’ai l’impression de partir pour une mission sur la lune. Johnny (c’est le petit nom qu’on lui donnera) nous invite à descendre. Là tout de suite ? Marylou ne perd pas de temps et disparaît dans l’eau tandis que Greg la suit de près… Je reste coincée en haut sans pouvoir descendre d’un millimètre… Johnny me fait signe d’appuyer sur le bouton. Je veux bien mais lequel ? Concentration extrême pour faire un bref flashback sur la vidéo d’il y a quelques minutes et je prends vite le plis. Enfin c’est ce que je crois car je continue à flotter à quelques centimètres d’eux. Les poissons doivent bien se foutre de ma gueule.

Une fois les genoux au sol, mon calvaire peut commencer. Johnny lance les hostilités en entamant la pratique des gestes « simples ». Je me sens comme une étrangère à mille lieux sous les mers. « Ne pas paniquer, ne pas paniquer…« . Plus facile à dire qu’à faire. Le champs de vision est rétréci par le masque, j’ai l’impression d’être dans une cage. Je comprend maintenant la crainte des chevaux avec leurs œillères… Pauvre bête. En attendant c’est moi la bête. « Respire par la bouche Charlotte, ça va aller, respire« . Moi qui faisait la maligne en dehors de l’eau, la fonction première de respirer ne me semble plus du tout familière. J’ai envie de prendre une grande inspiration, d’avaler ma salive normalement et surtout de remonter à la surface et d’arracher toute cette machine qui m’aliène complètement. J’ai la dérangeante impression d’être branchée comme dans Matrix.

Normalement si ça ne va pas du tout il suffit de l’indiquer à Johnny. Têtue que je suis, je lui montre le signe « Ok« , pour lui certifier que tout va bien : « t’inquiète, je gère ma mort à petit feu« . Marylou et Greg ressentent mon malaise et me regardent à travers leur hublot pour savoir si tout est ok. Comme je suis une actrice d’exception, je tente de sourire avec le tuyau d’air dans la bouche mais étrangement ils ont tout de suite compris que mon niveau de béatitude rasait la moquette, ou plutôt le sable à l’heure qu’il est.

Je crois que je n’y arriverais pas…Tant pis, la plongée ce n’est pas pour moi… J’ai à peine eu le temps de prendre une « pseudo décision » que Johnny est déjà parti. Je n’ai plus le choix, je dois suivre cette épopée.

Je ne cesse de me répéter « Charlotte calme toi…« . Je fais le vide dans ma tête et ma respiration commence à s’adapter. Un coup d’inspiration et je monte, un coup d’expiration et je redescend. Je ne savais pas que le corps humain pouvait se manier comme un bolide. Pas besoin de manette, je m’auto-dirige de plus en plus facilement. J’ai limite envie de rire de cette nouvelle fonctionnalité. Est-ce que c’est bien de l’oxygène qu’ils ont foutu là-dedans ? Stoneee le monde est stone…

Petit à petit, la panique disparaît peu à peu et je me sens rapidement comme un poisson dans l’eau… Comme quoi, l’être humain reste assez malléable pour s’adapter à toute nouveauté. Je peux enfin ouvrir réellement mes yeux et prendre conscience du petit monde qui se joue devant moi. C’est incroyable, la vie qui règne sous les mers. Avec mon super masque j’ai l’impression de voir en 3D. Il n’a rien à voir avec ses cousines, les lunettes Décathlon, que l’on achète avec l’option « buée intégrée ». Là en plein milieu de l’eau, je tente de me faire toute petite pour admirer les moindres détails. En bas, des anémones violettes se ferment et se referment sous notre passage. À droite, des poissons arc-en-ciel reviennent d’une récente « color run » et s’apprêtent à en refaire une pour parfaire leurs couleurs. À gauche, d’autres se font des petits suspenses en nous approchant le plus près possible. À 7m en dessous de l’eau, l’important c’est que chacun de ses gestes soient aussi calmes que lorsque l’on danse sur du Bob Marley. Ici, on prend le temps de surprendre le temps et ça me plait.

Soudain, Johnny s’arrête et nous indique quelque chose du doigt. Avec le champs de vision rétréci, il faut facilement faire un demi-tour pour voir ce qu’il nous montre. Pendant ces très courtes secondes, on pris pour que ce ne soit pas un requin… Il nous faut quelques temps d’adaptation avant de prendre conscience de cette « chose » immense et indescriptible… Nous voici en face d’un banc gigantesque de poissons… Il n’y a pas de doute, on est ridicule à côté de cette réunion immense de branchies. Je me demande bien ce qu’il y a d’important pour rameuter autant d’individus ! La full moon peut-être ?

Plus loin, je prends le temps de regarder des petits poissons se chatouiller dans les anémones. Si seulement il y en avait des plus grandes, ça m’aurait fait plaisir de tester car vu la tronche des poissons, ils ont l’air de prendre leurs pieds (enfin leur nageoires…).

Quelle heure est-il ? Que font les autres ? Ça fait combien de temps que je suis là-dessous ? Ce sont des questions qui resteront sans réponse. Je n’ai pas peur de le dire : la plongée est un sport d’égoïste. Ici, plus rien n’a d’importance, il n’y a que moi et l’océan. En même temps, j’ai beau avoir essayé, comment communiquer lorsqu’un seul de nos sens est en éveil ? « Arrête de réfléchir Charlotte et contente-toi de bichonner ta vue, le seul sens qui marquera ce souvenir« . C’est fou comme parfois ça peut faire du bien de ne penser à rien…

Plus que quelques mètres et il est déjà l’heure de rentrer au bercail… Déjà ? J’en veux encore… J’ai un sentiment de trop peu, comme si ce ne fut qu’un simple rêve. Maintenant que j’ai compris le micmac, j’ai envie de parcourir l’océan, d’apercevoir des colonies de poissons colorés et de nager encore avec cette tortue majestueuse.

Je m’entends parler et il est déjà trop tard. Moi qui ne m’y attendais pas, la plongée a eu raison de moi. N’est-ce pas fantastique de se dire qu’on puisse respirer sous l’eau ? Qu’on ait la possibilité de défier les capacités de l’être humain au point de troquer sa vie avec celle d’un poisson?

Bon ok, maintenant qu’il m’est plus facile de parler, je le cris haut et fort : à l’inverse de la Petite Sirène, c’est décidé, ce n’est pas des jambes mais des nageoires que je commanderais au prochain Noël !

 

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8 Commentaires

  • Répondre TOP SECRET'R 14 février 2016 à 12 h 16 min

    Moi qui suis claustrophobe, j’étais en apnée durant toute la lecture de ton récit sur cette belle plongée sous-marine !

    • Répondre Les Bloup Trotters 17 février 2016 à 4 h 14 min

      C’est ce que je me disais lorsque j’étais sous l’eau.. Ma petite maman n’aurait certainement pas pu.. Par contre je sens que la claustrophobie commence à m’envahir aussi.. Ahaha

  • Répondre Philippe 14 février 2016 à 14 h 19 min

    quelle écriture, quelle narration .. j’ai plongé avec toi

    • Répondre Les Bloup Trotters 17 février 2016 à 4 h 14 min

      Merci beaucoup Philippe pour ce compliment ! Ça me touche beaucoup d’avoir pu te faire voyager en-dessous de la mer :)

  • Répondre Camille 26 février 2016 à 9 h 33 min

    Bon je crois que l’on va devoir tester la plongée .. Mais j’ai peur vraiment et je m’imagine du coup comme une con devant notre futur « Johnny » !!
    Vous avez fait sous la mer mais le petit Greg il a fait dans les air ?!
    des bisous bande de moche et continuez de nous faire rêver parce que votre blog c’est le meilleur de l univers … ;)

    • Répondre Les Bloup Trotters 27 février 2016 à 3 h 22 min

      Vous avez intérêt à tester et on veut des preuves en plus ! Eh ouais on est comme ça ;) Pour le petit Greg on remet ça au Canada peut-être car c’était bien trop cher en Nouvelle-Zélande. Mais il n’a pas dit son dernier mot..

      Vous nous manquez, sans vous on a trop le démon :) héhé
      Pas : merci beaucoup pour votre mot tout gentil ;)

  • Répondre Amandine 2 mars 2016 à 13 h 49 min

    Tu me vend du rêve!! Ton écriture est juste genialissime et malgrés notre trouille immense je pense qu’on va tester!! :-)
    Gros gros bisouxx on vous aime et vous nous manquez trop!!!
    D’ailleurs ça suffi les conneries vous revenez avec nous maintenant!!

    • Répondre Les Bloup Trotters 19 mars 2016 à 18 h 45 min

      Ahaha merci pour le compliment.. Vous avez intérêt de tester ! Et on veut un compte rendu.. :) Vous nous manquez beaucoup aussi et c’est à vous de nous rejoindre je vous signale :)

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